Et si on s’autorisait à ne pas avoir de réponse tout de suite ?

Il y a quelques jours, une conversation sur LinkedIn m’a fait réfléchir bien plus que prévu.

J’avais commenté le post d’un entrepreneur qui disait qu’un entrepreneur ne décroche jamais vraiment pendant ses vacances.

Je lui ai simplement proposé de regarder cette croyance autrement : il existe aussi des entrepreneurs qui arrivent à prendre de vraies vacances et à en profiter, tout comme certains salariés n’arrivent pas à décrocher.

Il m’a répondu en expliquant pourquoi, selon lui, un entrepreneur ne pouvait jamais vraiment décrocher.

Et dans sa réponse, je me suis sentie attaquée.

J’ai eu envie de répondre immédiatement.

De me justifier. De lui expliquer mon point de vue. Et peut-être même de lui montrer qu’il avait tort.

Mais je me suis arrêtée.

J’ai pris le temps de réfléchir à ce qui était en train de se passer en moi.

Et je me suis rendu compte que ce qui m’avait touchée n’était pas seulement ce qu’il disait. Sa réponse avait réveillé quelque chose chez moi, notamment autour de ma propre légitimité.

Alors, plutôt que de répondre depuis cette réaction, j’ai pris le temps de comprendre ce que je pensais vraiment et ce que j’avais réellement envie de lui dire.

Et finalement, j’ai trouvé une réponse qui me ressemblait davantage.

Je me suis même dit : heureusement que cette conversation avait lieu sur LinkedIn. Parce qu’en face à face, je n’aurais peut-être pas eu ce temps de réflexion.

J’aurais peut-être attaqué. Ou fui en ne répondant pas du tout.

Et ça m’a fait penser à une autre situation, beaucoup plus anodine, que j’ai vécue récemment avec une cliente.

Elle m’a dit :

« J’aime bien ce que tu dis, ça me parle. Est-ce que tu peux dire quelque chose d’autre ? »

Et là… bug. 😂

Parce qu’avant, face à ce genre de demande, j’aurais probablement cherché quelque chose à dire.

Il fallait trouver la bonne réponse.

Quelque chose d’intéressant, de pertinent, et si possible rapidement.

Mais cette fois, j’ai simplement répondu :

« Non, là je ne sais pas. Il n’y a rien qui me vient de plus. »

Et après coup, je me suis rendu compte que cette réponse représentait quelque chose d’important pour moi.

Je pouvais simplement ne pas savoir.

Je n’avais pas besoin de remplir le silence.

Je n’avais pas besoin de trouver quelque chose à dire pour rester intéressante, pertinente ou légitime.

Et surtout, je n’avais pas besoin de répondre immédiatement.

Ce qui se joue entre ce que l’autre nous dit et notre réaction

Ces deux situations sont très différentes.

Et pourtant, elles m’ont fait prendre conscience de la même chose : j’ai longtemps eu le sentiment qu’il fallait réagir rapidement.

Trouver la bonne réponse.

Me justifier.

Expliquer.

Répondre à ce que l’on attendait de moi.

Comme si laisser un espace, ne pas savoir ou prendre le temps risquait de me faire perdre quelque chose : ma légitimité, ma place, le lien avec l’autre.

Alors qu’en réalité, entre ce que l’autre nous dit et notre réaction, il existe un espace.

Parfois très petit.

Mais qui peut nous permettre de nous demander :

Qu’est-ce qui est réellement en train de se passer en moi ?

Est-ce que je me sens attaquée ?
Est-ce que j’ai peur de décevoir ?
Est-ce que je cherche à prouver quelque chose ?
Est-ce que j’ai vraiment besoin de répondre maintenant ?

Parce que nous ne réagissons pas uniquement à ce qui se passe dans le présent.

Notre histoire, nos expériences et nos mécanismes de protection peuvent aussi entrer en jeu.

Une remarque peut réveiller la peur de ne pas être assez bien.

Une question peut être vécue comme une remise en cause.

Une demande peut réveiller la peur de décevoir.

Et lorsque quelque chose est activé en nous, notre réaction peut être beaucoup plus rapide que notre capacité à comprendre ce qui se passe réellement.

Et si on pouvait simplement prendre le temps ?

Je crois que c’est quelque chose que j’apprends moi-même.

Je peux dire :

« Je ne sais pas. »

« Laisse-moi y réfléchir. »

« Je préfère te répondre plus tard. »

Je peux prendre le temps de comprendre ce que je ressens avant de répondre à l’autre.

Et je peux aussi découvrir que je n’ai finalement rien à répondre.

Ce n’est pas forcément fuir.

Ce n’est pas forcément manquer d’assurance.

C’est parfois simplement me donner la possibilité de choisir ma réponse plutôt que de laisser mon automatisme choisir à ma place.

C’est aussi ce que j’aime explorer dans mes accompagnements : ce qui se joue derrière nos réactions.

Pourquoi cette situation me touche autant ?

Qu’est-ce que j’essaie de protéger ?

Qu’est-ce que je crois devoir faire ou être dans cette relation ?

Et qu’est-ce qui pourrait changer si je m’autorisais à ne pas réagir comme je l’ai toujours fait ?

Parce qu’au fond, prendre ce temps, c’est peut-être simplement se donner la possibilité de retrouver sa propre voix avant de répondre à celle de l’autre.

Et parfois, la réponse qui vient ensuite est très simple :

« Je ne sais pas. »

Et c’est très bien comme ça.

Aude là d’un regard, au-delà des apparences.

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