Lors d’une après-midi de constellations en collectif, une femme est venue avec une envie très claire : mieux accepter son hypersensibilité.
Elle voulait aussi réussir à davantage parler, à exprimer ce qu’elle ressent et ce dont elle a besoin.
Après avoir vécu pendant dix ans une relation qu’elle décrit comme toxique et dans laquelle elle avait progressivement perdu ses repères, elle avait peur de reproduire les mêmes schémas.
Elle avait peur de se perdre à nouveau.
Et surtout, elle avait peur que son hypersensibilité la rende plus vulnérable à une nouvelle relation de ce type.
Elle est particulièrement sensible au bruit. Lorsqu’il y en a trop, elle explique qu’elle arrive à se mettre dans sa bulle, comme si elle se coupait de ce qui l’entoure.
Enfant, elle a également connu de nombreux problèmes ORL, avec notamment des angines très fréquentes.
Elle a grandi avec une mère dépressive et avec peu de place pour accueillir et mettre des mots sur ses émotions.
Aujourd’hui, elle aimerait davantage se faire confiance.
Elle voudrait pouvoir entrer dans une relation sans avoir peur de se perdre, savoir qu’elle sera capable de dire non, de poser ses limites et de parler lorsqu’une situation ne lui convient pas.
Mais elle se demande aussi :
Est-ce que mon hypersensibilité me rend plus fragile ?
Et si elle était plutôt quelque chose qu’elle avait appris à gérer, parfois en se coupant de certaines sensations ou de certaines émotions ?
Plutôt que de chercher à faire disparaître son hypersensibilité ou à apprendre à « mieux la contrôler », je lui ai proposé de la représenter dans sa constellation.
Avec elle, nous avons également représenté son père, sa mère… et sa voix.
Pourquoi sa voix ?
Parce que ce qu’elle venait travailler était aussi là : pouvoir parler, exprimer ce qu’elle ressent, dire ce qu’elle veut et poser ses limites.
Au fil de la constellation, quelque chose s’est déplacé.
Elle a pu retrouver sa voix.
Et surtout, elle a pu constater que son hypersensibilité et sa voix étaient toujours là.
Elles n’avaient pas disparu.
Elles étaient même bien vivantes.
Nous avons alors pu remettre du lien entre ces différentes ressources précieuses.
Et sa voix a pu prendre sa place.
Elle a pu exprimer des choses importantes qu’elle portait jusque-là.
Je ne cherche pas ici à dire que l'hypersensibilité est une force extraordinaire qu'il faudrait absolument apprendre à aimer.
Parce que parfois, elle peut être fatigante. Les bruits, les émotions, les tensions relationnelles peuvent prendre beaucoup de place.
Mais peut-être que la question n'est pas seulement :
« Comment accepter mon hypersensibilité ? »
Peut-être pouvons-nous aussi nous demander :
« Quelle relation ai-je avec cette sensibilité ? »
Est-ce que je la subis ?
Est-ce que j'essaie de la cacher ?
Est-ce que je me coupe de ce que je ressens pour pouvoir avancer ?
Est-ce que je lui fais confiance ?
Et surtout : est-ce que je peux apprendre à m'écouter sans me laisser envahir ?
Parce que ton hypersensibilité ne décide pas à ta place.
Elle ne t'oblige pas à rester dans une relation qui ne te convient pas.
Elle ne t'empêche pas de poser tes limites.
Elle ne définit pas qui tu es.
Et elle n'est peut-être pas non plus quelque chose qu'il faudrait combattre.
Dans cette constellation, nous n'avons pas cherché à supprimer l'hypersensibilité de cette femme.
Nous avons cherché à remettre du lien entre différentes parties d'elle-même : son histoire, sa sensibilité, sa voix, ses ressources.
Et elle a pu expérimenter quelque chose de différent : sa sensibilité pouvait être là, sa voix pouvait être là aussi.
Elle pouvait ressentir et parler.
Être sensible et poser ses limites.
Être en relation sans se perdre.
C'est aussi ce que j'aime explorer dans les constellations : déplacer le regard que l'on porte sur une situation pour pouvoir observer autrement ce qui se joue et expérimenter de nouvelles possibilités.
Parce que parfois, ce que nous considérons comme un problème chez nous mérite simplement d'être regardé autrement.
Et toi, quelle partie de toi as-tu appris à considérer comme un problème ?